mardi 15 août 2017

JEU 28 : Lettre à Porcinet

Porcinet
Forêt des rêves bleus
Pays de l’Imaginaire




Cher Porcinet,

J’ai lu plusieurs des aventures de Winnie et de ses amis, dont tu fais partie.  Je tiens à te dire que sans toi, il y manquerait l’essentiel.  Oh oui!
Nul n’est plus que toi attentif aux besoins et aux désirs de tes amis.  Sans vouloir les sous-estimer car ils ont chacun leurs qualités, ils sont très centrés sur ce qui les agite ou qui les fige, sur ce qui les chatouille ou les fait souffrir:  Bourriquet sur ses malheurs, Winnie sur son estomac, maître Hibou sur son prestige, Coco lapin sur ses multiples activités, etc.
Pour ce qui est de l’amitié, tu es sans contredit le plus doué.  “L’esprit du cœur, c’est la délicatesse.”
Ta sensibilité doublée de gentillesse t’amène à ouvrir grand la porte de ta maison, comme celle de ton cœur, sans aucune arrière-pensée et avec simplicité.  “Rien n’est plus rare en ce monde que la véritable bonté.”  Voilà pourquoi je tiens à souligner en toi cette précieuse qualité.
Tes amis savent, en tout cas ils devraient savoir, qu’ils peuvent compter sur toi.  Il n’est pas d’ami plus fidèle.  “La seule façon d’avoir des amis, c’est d’en être un”, depuis longtemps tu l’as compris.
Malheureusement, tu as peur de beaucoup de choses.  Tu es un tout petit animal et le courage souvent te fait défaut.  Heureusement tu as tes amis pour te protéger des dangers … mais aussi parfois hélas t’y précipiter.  “La peur donne des jambes” dit un proverbe allemand.  “La peur donne des ailes” dit un proverbe français.  Mais les plus timorés savent que la peur paralyse trop souvent les plus beaux élans.  Enfin, comme le dit Robert-Louis Stevenson:  “Garde ta peur pour toi-même et partage ton courage avec les autres.”  Etre bien entouré d’amis, rien de mieux pour faire face à l’ennemi, qu’il soit réel ou imaginaire.
Je te comprends, petit Porcinet, j’éprouve bien souvent des frayeurs qui freinent mon ardeur.  Et pour t’encourager à continuer d’être toi-même, je suis venue te dire sincèrement que je t’aime.  Ne t’en fais pas trop avec la vie!  Je serai toujours là pour toi, si tu as besoin d’une amie.

Avec beaucoup de tendresse,

Michelle

lundi 7 août 2017

Les nouvelles du jour

(chez Laurence Delis)

Août.
Il fait chaud. J'ai installé ma chaise longue au milieu du jardin, à l'ombre du grand tilleul. Mes yeux parcourent le journal du matin en attendant que mon thé finisse d'infuser.
Trois minutes. Je tiens trois minutes et puis, je relève la tête.
Quelques nuages d'un blanc pur se poussent en un joli ballet. Un oiseau envoie ses trilles et un autre lui répond. Inlassablement. Et, à quelques mètres de là, les pommes du vieux pommier commencent à prendre de jolies couleurs...
La journée promet d'être belle. Le vent est doux.
Alors, sous le coup d'une impulsion, je vais chercher une feuille blanche, un feutre noir et je commence :

Messieurs les journalistes,

Je m'appelle Sylvie. Je ne fais pas partie, habituellement, des gens qui inondent le courrier des lecteurs. Je suis une anonyme, une provinciale qui vit à la campagne, dans un petit village... et je suis abonnée, comme beaucoup, à votre publication.
Mais voilà, aujourd'hui, j'ai ressenti le besoin de vous écrire.
Ce que j'ai à vous dire ne concerne pas un article particulier...Je ne réagirai pas, avec véhémence à l'un ou l'autre de vos propos. Je n'ai pas de grief contre telle ou telle décision prise dernièrement et je n'ai rien à dire sur les dernières élections locales.

Non. Rien de tout cela. Mais, ce matin, tout simplement, je me suis levée, j'ai lu les gros titres (oui, juste les titres) et je me suis dit : "Mais, ma fille, qu'est-ce que tu fais ?".
Hier, tu as fait les courses (à vélo), tu as veillé à choisir le meilleur pain (complet), le meilleur miel (local), le meilleur thé (vert), tu as acheté un kilo de mirabelles bio et des légumes tout frais cueillis...
Tu as pris bien soin de donner à ton corps les meilleurs aliments . Tu as pris bien soin de ne pas ajouter au désastre écologique...Tu avais l'impression d'avoir fait le maximum. Et puis, voilà, que, ce matin, tu te prends en flagrant délit de "n'importe quoi"...

Tu es en vacances, tu as l'esprit libre et le cœur léger...et puis que fais-tu ? Ce que tu fais pour ton corps, tu ne le fais pas pour ton esprit...Tu n'y penses pas...
Et qu'est-ce qu'il a à se mettre sous la dent, ce matin, ton esprit tout juste éveillé ?
Trois meurtres, un attentat, un incendie criminel, un viol, quatre cambriolages, deux suicides et un procès à scandale et à rebondissement déterré pour la Nième fois...
Je n'invente rien, j'ai les titres sous les yeux.
Eh bien, je vous annonce une chose, messieurs les journalistes : c'est fini ! A partir d'aujourd'hui, je ne "mange" plus de ce pain-là. Je ne me nourris plus de toute la noirceur humaine. Je n'en ai plus le goût. Je n'en ai plus du tout l'intention.

Parce que la vie est courte et qu'il y a mieux à faire. Parce que la vie, ce n'est pas ça. Ce n'est pas ce bourbier, ce chaos glauque et nauséabond que vous nous jetez à la face chaque jour, avec une insistance suspecte. Parce que, depuis cinquante ans que je vis, j'ai croisé, avant tout, voyez-vous, des gens "bien". Des gens qui ont la bonté chevillée au cœur et qui, face à la montagne de difficultés qui leur tombe dessus, font des "miracles". Oui, des miracles.

Racontez , racontez tous les miracles qu'il y a eu ici.
Racontez comment Michel, amputé d'un bras, a repris son travail en réapprenant patiemment à écrire de la main gauche,  racontez comment Paulette , soixante-quinze ans, s'occupe de ses trois petits-enfants après que leur mère soit décédée dans un accident de voiture, racontez comment Denis, devenu  père célibataire, n'a, du jour au lendemain, plus touché à une goutte d'alcool, racontez comment Gabriel, au chômage, rend service -gratuitement-  à tous ses voisins, et comment la petite Fanny, atteinte d'une maladie chronique, a quand même réussi brillamment son bac..
..
Racontez comment, malgré le réchauffement climatique, les arbres continuent de pousser et les fleurs de fleurir, comment, malgré les épidémies et les maladies , les gens continuent de vivre, et comment , malgré les restrictions budgétaires , les travailleurs continuent de travailler...
Racontez ces miracles, ce dévouement et ce courage...et vous contribuerez, au moins un peu, à ce que le monde aille mieux...

Parce que, voyez-vous, nous avons besoin de nous nourrir d'Espoir et que c'est la seule nourriture dont on ne puisse se passer. Nous avons besoin de "belles choses" pour alimenter notre esprit et lui donner des forces.

Réfléchissez deux minutes à ce que vous mettez dans nos "gamelles neuronales" chaque jour...réfléchissez à toute cette négativité que vous répandez...réfléchissez à cette " pollution mentale" qui nous détruit, bien plus sûrement et bien plus sournoisement que l'autre,  à cette "boue médiatique" qui recouvre tout...et qui empêche la joie et la douceur de lancer leurs petites pousses verdoyantes.
Réfléchissez-y.
Sérieusement.

Moi, je vais prendre mon journal et le garder pour allumer mon feu, cet automne, et puis, un soir de novembre, quand je verrai les flammes joyeuses s'élancer dans la cheminée, je penserai à tous ces faits divers que je n'ai pas lus...à toutes ces noirceurs que je n'ai pas sues et je me dirai que, globalement et pour un moment encore, "la vie est belle"...

Une ex-lectrice

mardi 1 août 2017

JEU 28 : Lettre proverbiale


Ce mois-ci, très chers , je vous propose de
choisir une personne ou un personnage connu,
(vivant ou mort, réel ou imaginaire)
et de lui écrire une lettre...

Oui, une vraie lettre...
pas de SMS, ni de message électronique
écrit à la va-vite le midi entre deux rendez-vous...
une vraie lettre "à l'ancienne"...
avec en-tête, formules de politesse et tout le tralala...


Et dans cette lettre, vous veillerez aussi
à insérer plusieurs proverbes...
(français de préférence...mais pas forcément... :-),
la sagesse des autres pays
ne pouvant que nous être profitable aussi...)

Vous saupoudrerez ensuite d'humour et de fantaisie
et posterez le tout à l'adresse suivante :
undeuxtrois4@wanadoo.fr

Date limite : le 21 août 2017
le cachet de la poste faisant foi.
.
Au plaisir de vous lire !
.
Et mille mercis pour les participations
du mois précédent, peu nombreuses,
mais...brillantes ! :-)
.
La Licorne
.

 
 

mardi 25 juillet 2017

Le Livre du Temps

Deuxième participation à l'agenda ironique de juillet 


Un jour, il faudra me dire où s'envole
tout ce qu'on perd...
où s'en vont tous nos repères... 
où s'en vont les occasions perdues...
les souvenirs d'enfance...
les habitudes qui ne sont plus...
les amis qui ne sont jamais revenus...
tout ce que la vie nous prend et ne nous rend pas...
tout ce qui s'est effacé sans qu'on y pense...
sur le grand tableau noir du temps qui s'avance...
tout ce qu'on avait...tout ce qu'on aimait...
tout ce qui faisait la saveur de nos heures
et le fond de de notre existence...
tout ce qui s'est évaporé dans une brume légère
tout ce qui s'est enfui dans le grand désert
de la mémoire incertaine et  mensongère...
où s'en vont les bons moments et les crises de confiance ...
où s'en vont les minutes éternelles et les années intenses...
où s'en vont les pleurs et les rires qui dansent...
sont-ils perdus à tout jamais... 
sont-ils partis au pays de l'absence...
ou bien sont-ils inscrits, en lettres d'or, 
sur le registre de la Vie
sur le livre du Temps
sur les pages du firmament ?
.
La Licorne
.



samedi 22 juillet 2017

Quand l'avez-vous perdu ?

 Pour l'Agenda ironique de juillet

Thème :
"La perte en une phrase"
Perdre ses clefs, ses repères, ses cheveux, son âme,
quelqu’un, un souvenir, une opportunité ;
perdre son temps, une habitude, le repos,
des kilos, ses feuilles, sa saveur,
 son parfum, sa raison, sa vanité.
La perte est le sujet de ce mois.
Elle se dira en une seule phrase, brève ou longue,
avec ou sans ponctuation, fluide ou hachée, fuyante
chutant avec l’objet perdu et se perdant avec lui,
 précipitée cherchant à le rattraper et se combler, ou lente,
précautionneuse cernant le vide qu’il a laissé.
On peut être ironique, ou pas.
 .
Joséphine
.
  
"Quand l'avez-vous perdu ?"
me demandent-ils, l'un après l'autre,
 sans se rendre compte de ce qu'ils disent,
de ce qu'ils énoncent naïvement,
avec l'incroyable candeur de celui qui n'est pas concerné,
qui ne sait pas, qui ne sent pas,
qui dit les mots qu'on dit habituellement,
les mots qui viennent sans qu'on y réfléchisse vraiment,
les mots tannés, vieillis, usés par la répétition...
"Quand l'avez-vous perdu ?"...
quelle expression étrange..
quand on y pense...
comme si l'on avait égaré un portefeuille,
un vélo ou un trousseau de clés...
comme si l'on pouvait, en cherchant bien,
 le retrouver et le ramener ici,
 comme si ce n'était qu'un accident,
un égarement, une perte temporaire...
comme si ce n'était pas grave,
comme si ça allait s'arranger avec le temps...
un petit tour au bureau des êtres disparus et hop !
le voilà de retour, ni vu ni connu,
on n'en parle plus...
"Quand l'avez-vous perdu ?"...
et c'est  comme si c'était ma faute,
comme si je n'avais pas fait attention,
comme si j'avais eu un moment d'inattention,
comme si j'étais à la source de sa disparition...
et que je l'aie oublié sur le chemin de la vie
dans une allée, derrière un arbre ou sous un pont...
comme s'il suffisait de faire la route à l'envers
et de bien regarder partout
pour l'apercevoir au détour d'un virage...
comme si c'était une absence de ma part
et non la sienne, d'absence, qui pose problème...
"Quand l'avez-vous perdu ?"
je ne l'ai pas perdu, voyez-vous,
je l'ai vu partir, c'est différent,
et il s'en est allé un jour, un soir,
là où s'en vont, sans crier gare, 
ceux qui n'ont plus rien à perdre...
.
La Licorne
.


vendredi 21 juillet 2017

JEU 27 : Boucle d'or



Boucle d'Or termina le petit bol de soupe
et s'essuya les lèvres sur la plus petite serviette.
Puis elle se dirigea vers le fond de la pièce
et examina les étagères de la bibliothèque familiale :
"Cuisine au miel", "Les trésors naturels de la forêt", 
"Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les abeilles"
"Comment entretenir sa fourrure et son poil",  "L'art de la pêche"...
Hum, il n'y avait décidément aucun doute 
sur l'identité des habitants de la maisonnette.
Où étaient-ils passés ?
Elle n'en savait rien mais cela n'avait pas la moindre importance.
Elle avait envie de profiter encore un peu de la situation
et de cette demeure si accueillante..
Elle testa les trois fauteuils et se décida pour le plus petit.
Parfaitement moelleux ! Une merveille...
Ces ursidés  n'étaient peut-être pas férus de littérature, 
mais ils avaient un goût très sûr dans le choix du mobilier.
Elle s'installa  confortablement et entama la lecture 
d'un gros livre au titre plutôt intrigant : "Hibernatus".
Elle en avait à peine lu dix pages
qu' elle sentit ses paupières se fermer irrésistiblement.
Elle sombra dans le sommeil au moment même
où des pas lourds faisaient crisser les graviers de l'entrée.
"Il y a des traces de chaussures sur le seuil !"
dit le Petit Ours.
"Tu as raison, dit Maman Ours, 
on dirait des chaussures d'enfant..., ."
"C'est étrange, dit Papa Ours, restez-là... je vais voir..."
Il ouvrit la porte sans bruit
et passa prudemment la tête dans l'entrebaillement...
Sur la table du salon,
 il aperçut des assiettes et des couverts en désordre, 
un pain, un broc d'eau et un bol vide.
Sur le sol, un livre grand ouvert.
Et sur le dossier d'un des fauteuils, 
une masse de cheveux blonds , frisés...
 retenus par un ruban rouge.
Les trois ours franchirent la porte à pas de loup...
tout doucement...
et d'un bel ensemble,
se penchèrent sur le visage endormi de la fillette.
"- Elle est jolie, dit Petit Ours.
- C'est vrai, dit maman Ours, très très jolie."
-Vraiment mignonne, conclut Papa Ours."
Un ange passa...
Le silence dura une bonne minute.
"- Et si nous changions l'histoire ? dit Petit Ours.
- Oui... dit maman Ours...
au fond, je ne suis pas fâchée,
je referai une grande casserole de soupe,
voilà tout...et nous la mangerons ensemble.
- Bonne idée ! dit Papa Ours.
Je suis d'accord : elle passera quelques jours chez nous,
afin que nous fassions plus ample connaissance...
cela nous fera du bien de discuter,
nous n'avons jamais de visite par ici.
- Oh, merci, merci ! dit petit Ours,
Je pourrai jouer avec elle et..."
C'est à ce moment précis que la petite voix flûtée
du Petit Ours enthousiaste tira la fillette du sommeil.
Elle ouvrit les yeux, vit les trois grosses têtes poilues
lui sourire gentiment,
et se dit alors qu'elle avait vraiment bien fait
de venir se perdre dans ce coin de forêt... :-)
.
La Licorne
.
(L'histoire originelle peut être lue sous le premier lien)
.


mercredi 19 juillet 2017

JEU 27 : Tristan et Yseult



Voici quelques années, je rencontrais Ysabeau de Tintagel. 
Venue présenter quelques ouvrages anciens, à un festival de musique celtique.
- Tintagel, comme le château de Tristan et Yseult ? Heu, enfin du roi Marc ?
- Pile-poil, répond-elle. Je suis une descendante de Tristan.
- Vous, vous…bafouillais-je. Je ne savais que dire. 
Cette personne n’avait pas toute sa tête, ou bien pire…
- Non, répond-elle en riant. Je n’invente rien. 
Mon aïeul Tristan de Loonois et Yseult la blonde 
ont vécu très heureux ensemble encore longtemps ;
élevant mon aïeule.
Mais on a préféré faire de leurs aventures, certes dramatiques, 
une légende convenable et romantique pour l’époque.
Elle me raconta, ce que je vous livre, ici.

« Un jour, mon prince viendra…chantonne la petite fille.
Aujourd’hui, seul le père de Flora est son prince. 
Mais elle sait bien que les petites filles ne se marient pas avec leurs papas. 
Marraine le lui a expliqué. Marraine sait toujours tout. 
Elle connaît le secret des plantes qui guérissent, elle sait, de sa jolie voix, 
consoler les chagrins, et murmurer les plus beaux chants qui soient.
Ainsi Flora a-t-elle appris cette chanson fredonnée par Marraine, 
s’accompagnant de sa harpe.
Flora, depuis sa naissance, entend cette voix aux accents tendres, 
mêlée à celle plus grave et ardente de papa. 
Très jeune, papa et Marraine lui ont expliqué que Marraine n’est pas sa vraie maman ; 
qu’elle l’aime comme si c’était sa fille. 
Flora, confiante se laisse bercer par cette charmante dame, 
si belle, si attachante et attentionnée. 
Flora, parfois se regarde dans le miroir, espérant ressembler à Marraine. 
Elle sait bien que ce n’est pas possible ; 
ses cheveux sont de la même couleur que ceux de son père, 
ses yeux, aussi. Pour le reste, elle essaie d’imaginer maman ; 
et si l’ensemble ne lui déplaît pas, 
elle ne peut s’empêcher de regretter de ne pas être plus belle.

« Parle-moi de maman, demande-t-elle à son père. Est-ce que je lui ressemble ? »
« Oui, ma belle fleur, répond papa, un éclair de tristesse, passant furtivement dans ses yeux.
Mais Flora y voit autre chose ; une espèce de regret, retenue d’un secret difficile à oublier.
Un autre jour : « Ta maman avait la peau blanche, si blanche et des mains fines, pareilles à des lys. »
Flora, aux boucles noires, yeux luisant comme deux perles, pose des questions, encore et encore.
Tristan revoit ce jour si proche et si lointain, où affaibli par une blessure, 
il avait ressenti, fiévreux sur sa couche, cet élan passionné pour Yseult aux blanches mains, 
sa femme, qui n’était pas encore sienne. Il connaissait l’intensité de son amour, 
mais ne pouvait oublier l’autre Yseult, perdue et interdite à jamais. 
Elle avait répondu passionnément à ses gestes, mêlant voluptueusement son corps au sien,
le caressant à n’en plus finir, murmurant des mots d’amour et d’adoration.

Quelques semaines plus tard, elle annonçait sa grossesse. 
Quelque chose d’indéfinissable le tourmentait. Il éprouva ce bonheur, mêlé de souffrance,
 à la pensée qu’il ne connaîtrait peut-être jamais son enfant.
Seule Yseult pouvait le guérir, mais elle tardait.
Voici que la naissance approchait. Tristan dépérissait de jour en jour.
« Je les vois ! » entendit-il, soudain.
« De quelle couleur est …
Il n’eut pas le temps de finir sa phrase. Sa femme, soutenant son ventre, hurla. 
Servantes et valets accoururent, on alla quérir la matrone.
Le navire approchait. 
Dans les rues de la ville, on vit passer une belle jeune femme 
à la soyeuse chevelure dorée, un ruban blanc, la retenant.
« Notre princesse accouche » lui disait-on, riant et se félicitant. 
Ne prêtant pas attention à ces paroles, elle avançait, d’un pas rapide vers le château.
A son arrivée, régnait un silence effrayant : « J’arrive trop tard » pensa-t-elle.
On la conduisit auprès d’un petit être nouveau-né. 
« Qui est cet enfant ? »
« La fille de notre prince et de notre regrettée princesse. »
« Le prince est encore en vie ? »
Portant l’enfant dans ses bras, elle se rendit dans la chambre du prince.
Les voyant toutes deux, un faible sourire naquit sur ses lèvres. 
Il tenta de se redresser.
« Je t’en supplie, pas d’efforts, mon aimé, tu dois vivre pour ta fille. 
Comment la nommes-tu ? »
« Flora ; sa mère a choisi ; ne voulant pas la nommer Yseult ; 
disant que ce prénom n’apporte que souffrances et malédiction à celles qui le portent. »
« Il n’y a pas de malédiction ; je vais te guérir, et rester pour toujours. »
Les onguents firent miracle. 
Flora grandit, choyée par son père et Marraine.
« Papa, maman s’appelait comment ? »
« Yseult. »
« Marraine, aussi, s’appelle Yseult. »
« Oui, ta maman s’appelait Yseult aux blanches mains ; 
et Marraine est Yseult. Vois-tu, il n’y a qu’une Yseult. »
« Et toi, Tristan ; pour moi, il n’y aura jamais qu’un Tristan. »
Flora laisse son père, et s’éloigne chantant*:
« Un jour, mon prince viendra
Sur un beau voilier blanc.
Me prendra dans ses bras,
M’emmènera,  disant
Vous êtes ma Flora
Un jour, mon prince viendra…
Au-dessus de la tombe de sa mère, 
Yseult aux blanches mains, fleurit un chèvrefeuille.
Un jour Tristan, aidé d’Yseult la blonde, l’a planté là.
Flora en cueille quelques brins. 
Elle les offrira à Marraine, car c’est sa fleur préférée...

* Flora chantait comme une casserole.

Je vous  rapporte ce récit, tel qu’Ysabeau de Tintagel me le fit. 
Bien sûr, vous n’y retrouverez pas le style employé par l’auteur du roman, 
Joseph Bédier, qui l’écrivit  au début du 20e siècle;  
s’inspirant de poèmes du 12ème siècle.
.
.


dimanche 9 juillet 2017

JEU 27 : La belle au banc dormant


photo de l'auteure


Il était une fois un dentiste veuf qui s’appelait Maurice. 
Il officiait dans la bonne ville de Marseille-sur-Mer. Tout allait bien pour lui, ses affaires tournaient rond. 
Sa fille Judy faisait des études d’océanographie à Luminy, une extension trois points zéro de la ville. 
Le goût de la mer lui était venu en fréquentant sa meilleure amie Ariel,
 une jeune femme mystérieuse née sous le signe des poissons. 
Judy devenait chaque jour plus ravissante, avec son sourire forcément parfaitement éclatant. 
(Rapport à son père, qui, si vous suivez bien...)

Or, au bout d’un moment (et parce qu’il faut bien qu’il y ait à un moment donné une rupture 
dans la situation d’énonciation, sinon on se fait chier grave)  
Maurice eut la mauvaise idée de se remarier avec Pulvilla,  
une DRH au visage carnassier, gaulée comme une Porsche Carrera, 
et au sourire plein d’épines, qu’il avait rencontrée sur Bad Houx.  
Il en avait un peu marre de la solitude, il faut bien le dire, 
et de se tirlipoter le schmilblick tout seul devant Netflix ou Youporn.

 Il demanda à Judy si cela ne la dérangeait pas trop, mais celle-ci lui répliqua qu’à son âge, 
il faisait bien ce qu’il voulait, du moment qu’il n’oubliât pas (comme ça lui arrivait parfois)  
de lui verser des sous sur son livret jeune chaque premier du mois.
Au début, Pulvilla fit semblant d’être la belle-mère parfaite, 
elle dispensait à Judy ses sourires les plus mielleux tous les week-ends, 
tout en lui préparant ses pancakes préférés. 
Elle lui offrit même une fois une serviette éponge de plage personnalisée, 
ornée de rubans et brodée à leurs deux noms qu’elle avait commandée 
chez Edmée de Roubaix en promo.

Mais voilà qu’au bout d’un autre moment 
(nouvelle rupture censée casser le rythme languissant 
de ce conte à la noix de cajou ou de macadamia, au choix) 
Pulvilla tomba, en surfant sur le net, sur un article du Méridional vantant la beauté parfaite de Judy, 
qui venait de remporter le concours de Miss Calanques 
pour se faire un peu de thunes supplémentaires, rapport aux oublis de Maurice 
et surtout au coût faramineux des études supérieures 
dont Maurice n’avait qu’une idée obsolète datant au moins des années 60.

La belle-doche en éprouva un fort dépit qui lui hérissa le poil, 
(pour ne pas dire une colère irraisonnée et mortelle) et versa dans le sirop d’érable de la jeune fille 
une dose létale de méthamphétamines qu’elle se procurait au noir par son jardinier Albert 
qui l’était justement, noir, et lui rendait d’autres menus services 
(enfin quand on dit menus, c’est une litote, rapport à la couleur du jardinier qui, 
selon les poncifs circulant sur le manteau, procure de sérieux avantages centimétriques 
aux individus mâles la possédant. Mais je m’égare). 
Une dose donc capable de mettre un gnou à genoux, voire de l’assommer définitivement.
 Une mégadose.

La pauvre Judy n’eut que le temps de poser son IPhone sur la table 
avant de s’écrouler comme un âne mort sur le carrelage noir et blanc du salon, 
dans un bruit de casseroles. Pulvilla crut que c’était bon.
 Elle fit charger le fardeau dans le coffre de sa BM, et ordonna à Albert 
d’aller la déposer sur un banc très loin de là, entre Peypin et Cadolive 
et en espérant que la maréchaussée la ramassât 
et conclût à la mort par overdose d’une junkie anonyme. 
(Comme vous le voyez, son usage personnel de la meth 
avait altéré le jugement de Pulvilla de façon stupéfiante)

Albert obéit, dans un premier temps, allongea la jeune femme sur un banc, 
et dans un sursaut d’humanité,  lui protégea le visage du soleil pernicieux de la garrigue 
avec sa casquette de chauffeur (oui car il était aussi chauffeur à seize heures) 
Puis il l’enroula, comme dans un linceul, dans l’hideuse serviette de plage.

Mais sur le chemin du retour, pris de remords, 
(et surtout parce que le parfum de la jeune fille lui avait tourné la tête)  il rebroussa chemin,  
retrouva le banc et roula un palot mémorable à la belle qui se réveilla comme par magie 
(Ben oui, c’est un conte, je vous ferai dire) sous la langue experte d’Albert 
qui en pratiquait couramment plusieurs. 
Le sale petit bonhomme à la flèche assassine (vous l'aurez reconnu j'espère) 
venait de faire son travail mieux que Meetic et Attractive World réunis.

Il ne leur resta plus qu’à assigner la méchante pour tentative d’assassinat 
et subornation d’employé de maison.

Puis ils se pacsèrent, eurent 1,82 enfants, 
et vécurent heureux ensemble jusqu’à leur divorce.
.
.



mardi 4 juillet 2017

JEU 27 : Le vaillant petit tailleur

 
 
PROLOGUE
 
Vous pouvez retrouver ICI  
le texte du "vrai" vaillant petit tailleur, des frères Grimm. 
L'atelier "Filigrane" nous a proposé d'en modifier la fin, à notre guise, 
mais en incluant dans notre œuvre
les mots "casserole", "poil" et "ruban" ...
...................

 
 
Le petit tailleur chassa toutes les mouches qui emplissaient son atelier, mais, ne comprenant pas la langue humaine, elles ne se laissèrent pas intimider. Elles revinrent plus nombreuses encore, car le fumet de confiture montait à présent de la casserole, toujours plus fort et irrésistible. Alors, comme on dit, le petit tailleur sentit la moutarde lui monter au nez. Il attrapa un torchon et « je vais vous en donner, moi, de la confiture ! » leur en donna un grand coup. Lorsqu'il retira le torchon et compta ses victimes, il n'y avait pas moins de sept mouches raides mortes. « Tu es un fameux gaillard », se dit-il en admirant sa vaillance. « Il faut que toute la ville le sache. »

 
"Sept d'un coup, ouais, je vous le dis, moi ! Je suis vraiment le plus vaillant", pensait-il en caressant les poils de sa barbe naissante.

 
Vaillant, oui, et vantard, très fier de lui, matamore, il se mit alors à claironner et à chanter ses louanges dans tout le village.

 
-"Mais ... c'est encore lui ! Il nous casse vraiment les pieds, lui ! Il va falloir le moucher, lui donner une bonne leçon de modestie !

 
Ceux qui parlaient ainsi avaient assisté à la scène que le petit tailleur transformait en exploit, et ils n'en revenaient pas d'un tel aplomb. "Un culot pareil, ce n'est pas possible !" ...

Le jeune homme, toutefois, n'avait pas les yeux dans la poche, et se rendit compte que les villageois, à leur mine, n'étaient pas dupes du tout. Cela allait lui retomber dessus, c'était certain. Il ne devait pas fournir les bâtons pour se faire frapper ... "Je suis trop connu pour pouvoir continuer mes frasques, pour les soûler avec mes fadaises ... "

 
Une jolie et gentille jeune fille, une connaissance à laquelle il n'avait jamais osé adresser la parole, vint lentement vers lui, lui prit la main : "Viens avec moi, tu veux bien ? - puis, tout bas - je suis Doigts-de-Fée, la protectrice des tailleurs. Viens avec moi, je vais te conduire au pays des Ailleurs, où tu seras le roi des vaillants.

 
La voix fluette l'envoûtait, magique, et il ne put résister : Ils avancèrent bientôt dans une grande allée, très longue, ombragée, où les arbres, peu à peu, se resserraient, pour ne plus donner place qu'à un sentier qui cheminait entre des talus couverts de fleurs.

 
"Tu vois, au loin, cette cité ? c'est Ailleurs, le paradis des francs-tailleurs et des tuvavoirtaleurs, leurs serviteurs. Tu vas t'y rendre, seul. Je ne peux pas t'accompagner car je suis une fée, pas une tailleuse. Et puis, je suis une femme", lâcha-t-elle dans un doux soupir qui rosit ses joues diaphanes, ce qui n'échappa pas au garçon ... "Tu trouveras à Ailleurs tout ce que tu voudras, il te suffira de toujours ne raconter que le vrai, le vécu. Tu sais, il y a déjà suffisamment à faire avec ce qui existe réellement ! Mais avant que je te laisse, tu dois préparer le nécessaire pour être reçu. Pense à ton cri plein d'orgueil : "Sept d'un coup !" : Tu vas, pour te racheter, m'énumérer sept expressions, ou sept choses, ou sept personnages. A chaque bonne réponse je te donnerai un de ces rubans bleus, qu'il te suffira de montrer à la porte principale d'Ailleurs. Tu es prêt ? je t'écoute.

 
-"Euh ... Hé bien, euh ... Quel défi ! sept ... sept ... ça va venir, voyons. Mais ça ne vient pas ...

 
-Voilà une première entorse à ta vantardise et à ton orgueil ! tu viens de t'avouer vaincu, pour la première fois ! Mais continue, bats-toi.

 
-"Les sept nains, les sept nains, j'ai trouvé ! Il en saute de joie, le petit bougre !

 
-Bien, bien, tu vois que tu le peux ! voici ton premier ruban.

 
Alors, tel un robinet ouvert trop grand d'un seul coup, se déversent les collections de "sept" : Les sept samouraïs, les sept mercenaires, la rose aux sept pétales, les sept cieux, le septième jour de la Création, et puis, ... oh il m'en manque un ...

 
- Cela ne fait rien, petit tailleur. tu as connu l'erreur et tu l'as acceptée. Tu as vécu l'humilité et la retenue, sources d'une vie sociale équilibrée. Voici tes rubans, tu pourras les montrer aux Ailleurais la tête haute. Moi, de mon côté, je m'en vais à la cueillette aux fanfarons et fanfaronnes, qui sont légions dans ce bas monde, d'Ailleurs à Partout ...

 
EPILOGUE

..... Nous apprenons à l'instant que le héros (?) de cette histoire
a encore fait des siennes :
Après son accueil à Ailleurs,
il a renoué illico avec ses travers,
un jour où il avait remis de la confiture à cuire ...

 
Alors tous les groupes de sept qu'il avait nommés devant la fée se sont ligués contre lui, vexés qu'ils étaient. Ils lui sont tombés dessus à bras raccourcis, comme des mouches.

 
Notre petit tailleur a dû quitter Ailleurs pour la bonne ville de Sète. Nous ne savons pas si à Sète on peut chasser les mouches, nous ignorons même s'il y en a. En tous cas on ne l'entend plus. Le bougre.
 
.
 



samedi 1 juillet 2017

JEU 27 : Nouvelle chute



Ce mois-ci, je vous propose le challenge suivant...

Vous choisissez un conte
celui qu'il vous plaira...
conte des frères Grimm,de Perrault, d'Andersen...
et vous réécrivez la fin...
à votre façon.

Le conte doit être suffisamment connu
pour que tous en connaissent (au moins partiellement)
la trame et les personnages...(*)

Vous ne reprendrez pas l'histoire au début, 
mais les premières phrases
indiqueront rapidement le contexte
et l'endroit où vous le reprenez...

Exemple :
Le petit Chaperon rouge venait de pénétrer 
dans la maison de Mère-Grand... 
quand, tout à coup...

OK ?

Il est bon de se replonger
dans les histoires de toujours...
et bon aussi, parfois, 
de les "dépoussiérer"...
Je compte donc sur vous...

A vos crayons-balayettes !

Une dernière petite contrainte, pour le "fun" :
le texte devra comporter les mots suivants : 
casserole, poil et ruban
.

Envoi à undeuxtrois4@wanadoo.fr
avant le 21 juillet 2017

.
La Licorne
.


(*) Si vous avez un doute sur ce point,
indiquez un lien où l'on puisse lire la version "originale"
.